la torpeur d’une soirée de printemps

je sais je sais… on n’a pas vu l’ombre d’une chaleur de juin… pourtant ce soir, je retrouve cette torpeur de soirée des beaux jours qui reviennent.

Le ciel est encore clair

Ce que j’aime au mois de juin… hormis le fait qu’on décompresse d’une année brutalement après le climax des rendus de projets, de mémoires, de thèses, d’examen, c’est le silence des débuts de soirée.
La rue est calme

les immeubles de ma résidence sont dans le silence de l’épuisement

la nature semble endormie depuis longtemps…

Mais nous, nous jouissons encore de l’éveil. Nous entrons dans une torpeur propice à la méditation et au retour sur soi…

J’écoute de vieux standards qui comprennent mon besoin de vibration juste. Je retrouve à cet instant la fréquence idéale où sans un mot, sans un masque, je suis là… bien… sentant la brise du soir printanier.

comme tous les ans, je fais le bilan. Je me dis que je suis un peu plus blessée qu’avant, mais que j’ai toujours la capacité d’aimer, que j’aime même si j’ai perdu de ceux qui comptaient tant pour moi…

je ne sais si jamais l’amour que je porte à ceux qui ont fini de se lasser ou qui me tournent le dos mourra un jour. Mais qu’importe… pourquoi pleurer alors que les émotions que je ressens sont la seule chose qui me rappelle que je suis en vie.

Ces soirs ont la saveur de ceux que je passais jadis sur le toit de cet immeuble israélien où mes parents vivaient ; de ces soirs sur la plage de Bat Yam avec mon frère à fumer le narguilé à tout jamais perdus.  Ils sentent le jasmin, le thé à la menthe, la citronnade glacée, et les brochettes de kebab trop chargées en feuilles de coriandre mais aussi la mauvaise bière.

Je sens encore le sable brûlant de la journée s’insinuer entre mes orteils et masser la plante de mes pieds éreintés de marche dans la vieille ville de Jérusalem. J’entends au loin les shouka se vider. Je vois au loin dans le crépuscule de la Méditerranée les lumières des bateaux casino flottant dans les eaux internationales, au delà du rocher d’Andromède dans le port de Jaffa.

Je me rappelle mes nuits d’été parisiennes, avec nostalgie, sur les quais de Seine, Notre Dame, les bruits du quartier latin… un Paris mort, que jamais rien ne ressuscitera mais qui gonflent encore mon cœur de ce bonheur désespéré qu’ont ceux qui s’éveillent à eux même, qui se découvrent et se réalisent.

Je me rappelle mon Bidule qui me parle sans pause du violon, de notre Berlin et de sa vision du monde et de la vie. Il était éblouissant… il est toujours cet ami, cette étoile qui ne cessera jamais d’être incandescente, brillant toujours pour quelqu’un dans ce monde.

Je pense à mes projets, mes envies, à ce que je dois abandonner pour avancer, à l’essentiel… mais ces soirs là, j’ai le droit de regretter, d’avoir envie de rejouer le film, encore, encore et encore. A espérer qu’un jour je retrouverai ce sentiment de liberté absolue, sans dissimulation, sans mensonge, sans crainte, sans ménager personne. Ces soirs là, j’aime être égoïste et injuste car ces soirs là… je me recueille, je commémore ces brèches, ces replis du temps comme disait Cocteau, dont j’ai fait ma science car en eux je me ressource. Je sais que j’ai vécu et que j’ai appris. J’en suis plus forte. Comme un cérémonial, mon souccot à moi, ma cabane sur mon balcon… ma veillée, j’honore ma petite histoire pour retourner au grand jour dans le cœur des piliers de Salomon au fin fond du Negev ou dans le ventre de ces caves parisiennes où ivre de contact et de son je m’oubliais le temps d’un concert.

le fruit que je mange a alors le gout de cette mangue juteuse, et l’eau que je bois celui de l’absinthe glacée des bars de Ménilmontant …

je fume une cigarette sur le balcon… ma fille bave sur mon oreiller… c’est un soir de juin

Publicités

~ par Mo' sur 18 juin 2012.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :