Mon ami Henri et mon sucre qui fond dans mon café

Ce cher Henri (Bergson) est un inspirateur de ma vie, comme vous le savez. Sa réflexion sur la perception du temps, de la conscience, de la vie, de la durée, l’Art et j’en passe et des meilleurs a littéralement révolutionné ma vie à 18 ans et m’a également littéralement donné mon bac avec un beau 16 coeff 7 🙂
Cela dit, en dehors de l’exercice de style que représente toutes démonstrations philosophiques même propédeutiques, quelques unes des images dont il use me hantent encore.
Bien souvent j’en arrive lors de mes introspections cycloniques à me retourner une fois de plus vers ces images.
La plus belle, la plus forte, la plus didactique reste à mon humble avis l’image du sucre qui fond (pour ses lecteurs du XIXe) dans l’eau ou encore l’absinthe (des gens de gout) et pour nous autres contemporains (enfin sauf M. qui depuis son retour d’Italie ne prend plus de sucre dans sa mélasse noire) dans le café.
Combien de fois, souvenez vous, avez vous attendu, fiévreux, impatients, amoureux, désespérés, apeurés, désorientés dans un café qu’un autre arrive, surgisse, téléphone pour vous dire LA chose qui changea l’une des pulsations de votre vie, qui changea la tessiture de votre conscience? Combien de fois, souvenez vous, avez vous attendu celle ou celui qui chavirait votre âme pour enfin croiser son regard qui n’envisageait QUE vous?
Combien de temps vous a t il paru pour que le sucre que vous aviez glissé négligemment dans votre café fonde?
techniquement, je veux dire rationnellement, mathématiquement, il a mis le même temps que toutes les autres fois où vous l’avez fait mais cette fois ci, le temps c’est étiré, dilaté, les secondes n’en finissaient plus d’allonger votre attente, votre supplice. Pourtant le moment venu vous délivrant de l’attente interminable, tout ce temps dilaté se rétractait et s’accélérait pour poignarder votre coeur et contracter votre ventre.
L’univers dure selon Bergson. Il existe dans l’espace qui lui est sans perception de l’intuition mais le temps? le temps, même si chacun tombe d’accord sur sa définition rationnelle, il est perceptible selon chaque émotion unique émanant de chacun d’entre nous.
Pourquoi tout ce charabia? Mo tu nous saoules avec tes histoires et t’es même pas saoule… je vous entends vous médisants et médisantes vous moquez de mes turpitudes alors que les choses sont si simples. Oui mais… les choses ne sont pas si simples car la vie ne serait pas si fantastique à vivre si elle ne nous questionnait pas en permanence sur la complexité de sa perceptibilité. Non ne je dis pas de gros mot!
A chaque fois qu’une rencontre, qu’une déchirure se produit dans notre vie, le temps s’étire, se rétracte, se dilate alors que l’univers dure. Quand on s’absente de la vie, la vie continue sans nous. Quand le temps se tord avec la réalité de notre perception, l’univers continue de durer.
Quand j’écris à l’Autre, à moi-même ou pour un autre Tous, je suis absorbée et appelée par ma plume qui m’entraine dans le temps. Quand, je pense à l’Autre, aux Tous ou à moi-même, je me noie en lui, dans sa contemplation, dans le ressasse de ses mots, de sa voix, de sa pensée. Je me projette dedans, en lui, en eux. Ils m’habitent. Ils me permettent de me repenser et le temps disparait de la rationalité.
« En dehors de moi, dans l’espace, il n’y a jamais qu’une position unique de l’aiguille et du pendule, car des positions passées, il ne reste rien. »
En dehors du regard que je pose sur tout cela, qu’existe t il ?
En dehors des émotions qui tordent le temps autour de moi, qu’existe t il a part des autres qui s’enfuient sans me voir. Les fantômes du passé ne sont ils pas seulement les repentir d’un ancien regard déformant des êtres d’un autre temps que mon instant?
Il y a des années de cela, une éternité il me semble, j’étais encore très jeune, la vingtaine dépassée j’ai écrit cela alors que je contemplais la statue d’un angelot: “ Cet enfant dit « Chut, écoutez Mortels, écoutez le silence, écoutez le, et laissez vous emporter par l’ivresse de la plénitude de l’instant que vous vivez… arrêtez vous et jouissez de la saveur du Souffle de Dieu… arrêtez vous et regardez autour de vous la folie des autres… voyez comme il est simple de tout arrêter juste en stoppant votre course effrénée vers le Néant. »
Il dit encore  » Chut, arrêtez vous et voyez l’abondance dans le vide, éveillez vous, réveillez-vous… je descends des Cieux pour qu’enfin vous savouriez le sublime présent qui vous a été fait et que vous gâchez… »
Il poursuit :  » Chut, apprenez à redevenir léger et simple, soyez la plume, l’air, et le temps… souvenez-vous de vos jeux d’enfant, de l’innocence… souvenez-vous de la liberté que vous aviez quand vous donniez aux choses leur vraie valeur… ” “ Je marche dans les allées d’un musée que je connais bien, ou je passe tous les jours sans plus voir les merveilles qui m’entourent. Je suis habituée à la beauté et à fréquenter l’éternité figée dans ces statues et ces tableaux… mais un jour que je passe, me semble t’il pour la première fois devant cet Ange, je rebrousse chemin jusqu’à m’arrêter devant lui. Aujourd’hui il m’appelle.
« Pourquoi ne t’ai-je pas vu avant ? Lui demandais-je,
– Je t’appelle tous les jours quand tu passes devant moi, je te demande de vivre encore et toujours…
– Mais je vis ?
– Crois tu ? Me répondit- il avec un sourire doux
– Pourquoi aujourd’hui je puis t’entendre ?
– Aujourd’hui ton âme est prête à Vivre… regarde dans mes yeux quelle est ta vie…
Je le regarde et des larmes me montent aux yeux et noient mon regard cristallin…
– Pourquoi me montres tu cela ? Ma vie est elle si triste ? Comment puis je la changer ?
– Aujourd’hui tu me vois, tu m’entends et tu m’écoutes… aujourd’hui tu t’éveilles à l’Existence… savoure la vie et émerveille toi du bruissement des feuilles, de la brise matinale qui caresse ton visage, des mots d’amour que l’on t’offre. Tu verras à partir d’aujourd’hui avec les yeux de ton âme et plus jamais avec ceux de la Nature… Aujourd’hui tu es redevenue un être humain, tu es libérée des hommes ternes. Je t’appelle, viens à moi…
– Tu n’es pas un Ange… ”
“ – Peu importe mon nom et ma nature,. Il met son petit doigt sur mes lèvres pour taire le mot qui allait naître et conclue :
Retrouve chaque jour, à chaque heure, chaque minute, chaque seconde, le silence propice à la jouissance et vis désormais pleinement les jours qui s’écoulent… un jour je reviendrai et je t’accueillerai au creux de mon aile… ainsi à ton tour tu pourras éveiller l’être humain qui fait vibrer ton éternité, ton immortalité.
Ferme les yeux et envole toi… »
Là devant la statue de l’Ange, je ferme les yeux et je souris… quelques secondes passent… et de nouveau j’ouvre les yeux… Il est toujours là mais il semble figé et silencieux. Je regarde autour de moi… La foule continue de s’épuiser, personne ne m’a remarqué… le monde court vite et le temps défile hors de ma portée… et c’est bon…
Depuis, la vie a une saveur nouvelle, je me suis réveillée et enfin je vois… la plénitude de l’instant que je vis. ”
“ Jamais plus cet Ange ne m’a parlé… mais tous les jours, quand je traverse les allées de ce musée que je connais si bien, je vois la beauté et je flirte avec l’éternité… Le monde existe et je suis dans le monde, je suis le monde et j’existe…
Merci l’Ange, je saurai être digne de ce don… aujourd’hui JE VIS et je le proclame… ”

les plus cyniques diront que c’est niais. Ils auront raison. J’aimais alors ce texte. C’était simple sinon simpliste. Plein de la folle envie de vivre et de croire en tout. Il faut savoir lâcher le temps pour qu’il nous parle. Quand un être vous a enchanté, enchantons un autre être à notre tour. Pourquoi voir un ange de pierre s’animer alors qu’il existe de vrais sages, de vrais docteurs es rationalité? Parce que je préfère épancher mon âme à ceux trop rares qui veulent la recevoir. Trop rare sont ceux à qui je la livre. Trop peur de la souillure du venin. Pourtant ils existent ceux qui partagent leur âme avec la notre. C’est eux qui font que le temps en se tordant ouvre un nouvel espace. Celui de la communion, de la compréhension. Un espace où les émotions naissent et se déploient en sentiments. Des sentiments qui sont si souvent anesthésiés par le quotidien où l’autre ne les entend plus à force de les sentir. Il oublie de les écouter et de les comprendre. Il anticipe leur signification et passe à coté. Comment aimer encore quand on s’est perdu dans le regard vide de celui à qui on avait tout donné.
Puis un regard, nouveau, frais, curieux s’arrête de nouveau sur les gémissements d’une âme qui saigne et qui prie avec le peu d’espoir qu’elle porte encore. Alors les fantômes des temps tordus surgissent comme des diables faisant feu de tout bois pour supplier d’etre exorcisés, d’avoir eux aussi droit à la paix de l’âme. L’Autre est un exorciste volontaire ou involontaire des maux dits ou indicibles, qu’il en soit conscient ou non. Peut importe l’intention de l’Autre, ce qui compte c’est que les fantômes enfin s’endorment et que sur l’ancien champ de bataille s’éveille l’espoir d’un avenir, un autre avenir.
Combien de temps à mis mon sucre à fondre cette fois ci? Si peu car la plume parle seule et je l’écoute un peu surprise. Mais combien mettra le sucre à fondre avant que d’autres fantômes à venir viennent à la rencontre des anciens? Faut il tous les exorciser maintenant? Faut il toujours des mots? Un autre regard, une autre odeur, une autre main posée sur notre épaule suffira pour tordre le temps alors, et le sucre s’arrêtera t il de fondre pour que je puisse savourer l’amertume de la première gorgée de café et enfin essuyer du bout du doigt le sucré parfumé et brun du fond de ma tasse: ultime récompense de cette nouvelle perception du temps de l’Autre découvert.
J’ai besoin d’un Autre pour révolutionner la torsion de mon temps, depuis si longtemps figé. Cela me fait peur, cela me galvanise, cela me meut vers la multitude des possibilités qui s’ouvre devant moi. C’est l’angoisse d’un avenir attendu si proche. Le temps n’est plus à l’attente à long terme, c’est bientôt la croisée des chemins et l’instant pour définitivement laisser loin derrière moi, les monstres qui hantent mes rêves et les démons qui empoisonnent mes éveils.
Les Anges existent. Ils ne sont pas les candides personnages ridicules que l’on dit. Ils sont sombres, torturés, bien souvent silencieux mais ils donnent dans un sourire de femme amie, dans le baiser pensé et peut être désiré sur la paupière, le menton ou l’épaule d’un homme patient et lointain, la puissance, l’énergie qui me manque. ils rouvrent les portes que j’avais scellé en me forçant à affronter mes peurs et mes démons. Ils me disent sans le savoir que j’avais tord de ne pas les affronter car je suis plus forte. Le temps est venue d’une nouvelle révolution mais cette fois sans larmes ou si peu, sans sang, sans vainqueur, ni vaincu. Juste un pas en avant.

Le temps c’est le gout sucré sur ma langue alors que je fais un nouveau pas en avant.

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~ par Mo' sur 11 avril 2011.

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